Mélissa Plaza, ancienne footballeuse pro, dénonce les violences sexistes et sexuelles dans son sport

Depuis #MeToo en 2017, la voix des victimes de violences sexistes et sexuelles est devenue libre. Ce qui a commencé comme un véritable tsunami se poursuit aujourd’hui avec la naissance de plusieurs mouvements similaires à travers le monde. Ils touchent tous les milieux : justice, théâtre, politique, mais aussi le monde du sport. C’est ce que l’on a vu avec le cas des gymnastes américaines et plus récemment avec le scandale des l’American Professional Women’s Football League, où les joueuses ont accusé leur entraîneur Paul Riley d’agression sexuelle. Alors qu’on attendait que ce discours fasse également sensation en France, le silence a fait place.

Aujourd’hui, Mélissa Plaza, ancienne footballeuse professionnelle française, s’exprime sur les violences sexistes et sexuelles qu’elle a subies au cours de sa carrière. Son entretien avec Oh! mon mag se trouve en tête de l’article.

Son expérience de la violence

Mélissa Plaza a joué pour les clubs de Lyon, Montpellier et compte également deux sélections en équipe de France à son palmarès. Au cours de sa carrière, elle a été victime de violences sexistes et de harcèlement sexuel. Des faits qu’elle a également racontés dans le livre Pas pour les filles ? publié en 2019 aux éditions Laffont. Alors elle se souvient que dans un match où son équipe gagne 3-0 à la mi-temps, leur entraîneur se fâche.

Il nous a pointés un par un, les yeux dans les yeux, en disant : « Tu veux jouer aux putes avec moi ? Eh bien, je vais vous baiser tous un par un. Et si nous ne gagnons pas 8-0 à la fin du match, vous rentrerez chez vous à pied.

Ce genre de violences, Mélissa Plaza les a vécues à plusieurs reprises avec ses coéquipières, comme de nombreux joueurs. Si elle n’avait pas encore mis les mots « violence basée sur le genre » sur ce qu’elle vivait, elle était déjà en colère de voir le silence qui régnait. Et encore plus en colère d’être le seul.

A tout cela s’ajoute aussi le discrimination quotidienne que les footballeurs professionnels doivent endurer. Les horaires médiocres ou les quarts de travail pour faire de la place aux hommes, chaussettes en 45-48, équipements incomplets, contrats précaires…

Plus de femmes leaders dans le football, mais à quel prix ?

Après avoir joué à un haut niveau, Mélissa Plaza a eu la volonté de poursuivre sa carrière dans le football. Elle s’est donc inscrite à une formation de sept semaines pour devenir coach. Elle dit qu’elle a vécu sept semaines d’enfer où elle était harcelé sexuellement par l’entraîneur. Après que des bras lui aient glissé dans le dos et des questions inappropriées, elle est allée se plaindre au directeur. Là, au lieu d’être écoutée, comprise et aidée, elle a de nouveau subi du harcèlement sexuel. De quoi dissuader plus d’un de tenter de percer les hautes instances du football.

D’autant plus que suite à ses plaintes, c’est le double pénalité pour Mélissa Plaza. Non seulement elle a dû subir du harcèlement, mais en plus, tous ses projets avec la Ligue de football professionnel (organe de gestion des activités de football professionnel) ont été avortés. ” Nous n’avons pas le droit de parler», note l’ancienne sportive.

Omerta dans le football

Parlez. C’est ce qui semble impossible dans le monde du football. En effet, Mélissa Plaza explique qu’elle avait connaissance de certaines violences sexuelles commises contre certains professionnels. Mais rien n’a jamais été révélé. Chose très surprenante pour elle puisque la Fédération Française de Football est la plus grande de France.

Nous avons un nombre incommensurable de prédateurs sexuels. En place dans les équipes, à la tête des équipes, dans les différents quartiers, dans les différentes ligues. Et tout cela est bien ficelé. L’impunité est bien assurée.

Comme l’explique l’ancien professionnel, nous nous contentons de déplacer les personnes problématiques d’un travail à un autre. Le pire, c’est que ce sont des raisons sportives qui sont avancées pour justifier les transferts, rien d’autre. ” Une façon de les blanchir d’une certaine manière. Nous perpétuons la violence »Pour Mélissa Plaza.

Malgré tout, elle croit que les choses pourraient encore changer. Tout le monde devrait prendre ses responsabilités et formation sur les stéréotypes de genre et sur la violence sexiste et sexuelle devraient être fournis à tous les niveaux. Mais sans une volonté politique forte, rien n’est possible. Quelque chose que Mélissa Plaza voit comme un aveu.

D’ailleurs, avec un doctorat sur les stéréotypes de genre en contexte sportif en poche, l’ex-athlète aurait pu être un véritable atout pour la Fédération française de football. Malgré tout, personne ne lui a demandé de travailler sur les plans de ” féminisation ». Pour elle, c’est révélateur : « Pour la FFF, les femmes ne sont qu’un alibi.

Un nouvel horizon

Face à ces violences répétées, Mélissa Plaza a finalement préféré quitter le monde du football. Aujourd’hui conférencière, elle est également devenue claquer. Dans ses textes, elle met en lumière les femmes et leur histoire pour leur rendre hommage, mais aussi pour dénoncer les violences qu’elles ont subies. C’est notamment ce qu’elle a fait avec Aurore. Cette création a un écho tout particulier puisqu’elle raconte l’histoire des violences sexuelles subies par un ancien footballeur.

Un véritable engagement pour les victimes que Mélissa Plaza portera encore longtemps.

Je les crois, je les soutiens, je sais ce qu’ils vivent. C’est anormal. Il ne devrait pas exister et les coupables devraient être punis.

Pour ne rien rater de notre actualité, abonnez-vous à notre newsletter !



Source link