Peut-on vraiment « mieux gagner sa vie » au chômage qu’en travaillant, comme l’a affirmé Emmanuel Macron ?

En France, il faut toujours gagner mieux sa vie en travaillant qu’en restant chez soi, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement », a assuré le chef de l’Etat face aux Français. Une affirmation qui laisse entendre que certains chômeurs auraient un intérêt financier à ne pas trouver d’emploi. Vrai ou faux ?

Un argument basé sur une méthode de calcul bien précise

Quels chiffres Emmanuel Macron utilise-t-il pour énoncer cet argument ? En réalité, la sentence du Président de la République est très similaire à celle prononcée par Muriel Pénicaud, ministre du Travail en 2019. Elle a déclaré que « » un demandeur d’emploi sur cinq “Prendre avantage deallocation ” revenu supérieur à la moyenne. En clair, près de 20 % des demandeurs d’emploi toucheraient plus chaque mois que lorsqu’ils travaillaient. Une statistique basée sur un formulaire Pôle Emploi publié en mars 2019 et déjà interrogé par plusieurs médias.

Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la méthode de calcul des allocations de chômage. Pour tirer ses conclusions en affirmant que certains bénéficiaires gagnaient plus au chômage, Pôle Emploi s’est basé sur les salaires mensuels moyens. Une méthode de calcul qui abaisse les anciens revenus des chômeurs, informe Infos France Mathieu Grégoire, sociologue spécialiste de l’assurance-chômage. Ce dernier dénonce une étude ” lamentable »De Pôle Emploi ce qui fait des comparaisons qui ne sont pas pertinentes.

Pour réaliser ces statistiques, Pôle emploi préfère comparer les périodes de « travail et d’inactivité » avec celles de « chômage ». Comme l’explique Mathieu Grégoire, cette méthode de calcul fausse les résultats. En réalité, il faudrait comparer uniquement les périodes de “travail” avec celles de “chômage”. Pour mieux le comprendre, Prenons l’exemple de Justine, un travailleur fictif.

Le cas de Justine

Justine travaille 8 jours par mois pendant 11 mois, payée au SMIC. Il touche donc un salaire mensuel moyen inférieur à 500 euros. Justine perçoit alors le chômage et Pôle Emploi la paie une allocation mensuelle de 920 euros pendant 4 mois. Bien que Justine soit rémunérée pour une période plus courte que celle de son travail, elle perçoit en effet plus que son ancien salaire. Avec le calcul prôné par Mathieu Grégoire, le résultat est tout autre.

Pour s’assurer que le travail rapporte plus que le chômage, le sociologue recommande de comparer uniquement les périodes de “travail” avec celles de “chômage”. Voici le calcul que donne avec l’exemple de Justine. Cette femme a gagné 4.664 euros en 88 jours ouvrés . Une somme qui s’obtient en multipliant 88 (nombre de jours travaillés) par le SMIC journalier de l’époque : 53 euros net. Une fois au chômage, Justine est indemnisée pendant 120 jours. Elle perçoit au total 3 680 euros, soit 984 euros de moins que son ancien salaire.

En outre, Article L5422-3 du Code du travail Prévoit que ” un jour de salaire est toujours supérieur à un jour d’allocation chômage », rappelle le chercheur. Néanmoins, Mathieu Grégoire concède que dans une infime minorité de cas, il est possible de ” gagner plus en étant au chômage pendant 30 jours qu’en travaillant dix jours “.

Cette bataille autour des chiffres met donc en opposition deux méthodes de calcul des allocations de chômage : l’une basée uniquement sur le travail, l’autre comprenant également des périodes d’inactivité. Une deuxième option qu’Emmanuel Macron souhaite voir entrer en vigueur cet automne avec la modification du salaire journalier de référence (SJR). Un mode de calcul que beaucoup jugent injuste et qui est actuellement bloqué par le Conseil d’État.

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