Les personnes pauvres payent l’addition de la crise économique

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Un immeuble à Pierrefitte sur Seine. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • L’Insee publie ce jeudi une série d’indicateurs sur l’évolution des revenus des Français en 2020.
  • Si les données restent à consolider, certains indices laissent penser que la pauvreté pourrait augmenter fortement.
  • Le plan du gouvernement pour parer à cette éventualité est jugé trop faible par l’opposition.

Bientôt plus de 10 millions, voire 11 millions de pauvres en France ? Au vu de la crise économique provoquée par le coronavirus, ce chiffre terrible est loin d’être une hypothèse farfelue. En effet, selon le dernier décompte de l’Insee établi en 2019, le pays compte déjà
9,1 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté*, c’est-à-dire avec moins de 1.070 euros nets par mois. Et de nombreuses données, dont certaines publiées ce jeudi par l’Insee, laissent présager un sombre horizon en 2021.

La plus connue est celle des bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active). Fin décembre 2020, 2,06 millions de foyers percevaient ce minima social, soit 143.000 de plus en un an, ce qui témoigne d’une « dégradation financière » selon l’Insee. Plusieurs autres prestations destinées aux bas revenus ont elles aussi enregistré un afflux de demandes : l’allocation de solidarité spécifique (ASS, + 6,1 % de bénéficiaires entre novembre 2019 et novembre 2020), et les aides aux logements (+ 2,5 % sur la même période, après un an de baisse). Tout aussi significatif, 10.000 d’étudiants ont été destinataires de l’aide d’urgence du Crous en décembre 2020 : une hausse de 48 % par rapport à janvier 2019.

Les ménages modestes dans le rouge

Les jeunes actifs ont également pâti de la mauvaise situation économique globale. Selon l’Insee, « parmi les ménages dont la personne de référence a entre 25 et 34 ans, 32 % déclarent une baisse de revenu d’au moins 50 euros [mensuels] » depuis mars 2020. C’est la proportion la plus élevée parmi toutes les tranches d’âge. Cette baisse de revenu touche, de façon plus globale, les ménages « modestes » (les 20 % les plus pauvres).

Quasiment un tiers d’entre eux (29 %) déclarent une baisse de revenu sur la période. « Cette diminution est ainsi plus forte pour les ménages modestes : – 8 % par rapport au niveau d’avant-crise pour les ménages modestes, contre – 1 % pour les aisés », relève l’étude. Autrement dit, les plus pauvres ont nettement plus perdu, en proportion, que le reste de la population.

Une « grande pauvreté » qui attire vers le fond

Cette hausse des difficultés financières subies par de nombreux ménages pourrait en conduire beaucoup vers la pauvreté, voire la « grande pauvreté ». Dans cette catégorie définie par l’Insee, on trouve les personnes ayant des revenus inférieurs à 900 euros mensuels et déclarant subir de nombreuses privations : impossibilité de se chauffer correctement, d’acheter des vêtements neufs… L’institut estime qu’environ 2 millions de personnes sont actuellement en situation de « grande pauvreté » en France.

S’il est pour l’instant impossible de connaître avec précision les effets de la crise de 2020 sur cette catégorie – les premiers indicateurs seront publiés au plus tôt cet automne –, l’Insee souligne les effets délétères d’une telle situation. « Parmi les personnes en grande pauvreté, seules 13 % sont sorties de la pauvreté monétaire et de la privation matérielle et sociale trois ans plus tard ». Autrement dit, une fois tombé dedans, il est très difficile d’en sortir. Pour enrayer au maximum cette spirale, le gouvernement a dégainé plusieurs aides ponctuelles pour les bénéficiaires du RSA, ou encore les jeunes (150 euros versés fin 2020 à 1,3 million de personnes).

Pas suffisant pour l’opposition, qui réclamait notamment l’extension du RSA aux 18-25 ans, afin de mieux les soutenir financièrement pendant la crise. Portée par la France insoumise et soutenue par la gauche, l’idée a finalement été enterrée par l’Assemblée nationale au début du mois.

* La pauvreté monétaire concerne les personnes dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian. Cette statistique inclut les ménages vivant dans des logements « ordinaires ». Elle n’inclut pas les personnes sans-domicile (évaluées à 77.000 par l’Insee), les personnes vivant en « communauté », comme des maisons de retraite et les cités universitaires (278.000), et les personnes vivant en « habitation mobile » (108.000). Mis bout à bout, ce sont donc 463.000 « pauvres » supplémentaires qui pourraient être comptabilisés.



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