Juninho sort-il fragilisé de cette « guerre d’ego » lunaire avec Rudi Garcia ?

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Juninho face aux médias, ici en août 2020 lors du Final 8 de la Ligue des champions à Lisbonne. FRANCK FIFE — AFP or licensors
  • Il y a tout juste deux ans, Juninho débarquait en véritable « enfant roi » à l’OL, avec qui il avait conquis dans les années 2000, les sept titres de champion de France du club.
  • Après l’échec de Sylvinho, qui était aussi le sien, le directeur sportif lyonnais se retrouve depuis mardi, en plein règlement de comptes médiatique avec Rudi Garcia.
  • Cet épisode pour le moins inhabituel à l’OL pourrait-il fragiliser « Juni », attiré par le terrain comme lui reproche Garcia ?

Même Bernard Lacombe et Claude Puel ne nous avaient jamais offert un tel règlement de comptes médiatique dans l’histoire de
l’OL. Depuis mardi, le désormais ex-entraîneur lyonnais Rudi Garcia et le directeur sportif
Juninho ont dévoilé, avec des wagons de punchlines et une transparence fascinante, à quel point leur collaboration était, depuis de longs mois, devenue impossible. Alors que les dirigeants lyonnais s’activent pour convaincre Christophe Galtier de les rejoindre, cet épilogue lunaire dans un club réputé pour sa stabilité peut-il fragiliser Juninho, deux ans après son grand retour à l’OL ?

Rudi Garcia lui reproche, en vrac, de bouder quand ses recrues brésiliennes (Bruno Guimaraes et Jean Lucas) ne jouent pas malgré la période faste pour le club fin 2020, de « s’être fâché avec tout le monde » à l’OL, de Bruno Cheyrou (responsable du recrutement) à Vincent Ponsot (directeur du football) en passant par le centre de formation, de « parler aux joueurs dans son dos », de n’échanger avec lui que sur « les compositions d’équipes et la tactique », et d’être « dans la prise de décision impulsive ». Juninho n’était évidemment pas en reste, mercredi soir sur OLTV, au moment de balancer (au moins) autant d’amabilités sur l’ancien entraîneur lyonnais.

Entre Garcia et « Juni », les supporters ont vite choisi leur camp

Pour son ex-partenaire lors des sacres de 2002 et 2003 Jean-Marc Chanelet, « “Juni” a seulement réagi à la “guéguerre” lancée par Garcia. C’est quelqu’un de très entier et leur relation très tendue devait le ronger. » L’omniprésence de Juninho au sein du groupe professionnel rappelle à l’ancien latéral droit lyonnais le fonctionnement de Bernard Lacombe : « En tant que conseiller du président, il venait souvent dans le vestiaire et il parlait directement aux joueurs ». Trouver des supporters lyonnais se rangeant dans le camp de Rudi Garcia et non dans celui de Juninho est clairement plus mission impossible que jamais cette semaine.

« Il y a d’un côté un homme qui se présente comme n’étant coupable de rien comme à chaque fois qu’il échoue avec un club, estime Antoine (29 ans), rédacteur sur le site de supporters Café du commerce. De l’autre, on a Juninho qui reconnaît qu’il peut avoir failli mais qui apprend de ses erreurs et ne les répétera pas. A partir de là, qui pensez-vous qu’il est plus simple de croire ? » Pour autant, les supporters restent-ils aussi emballés par leur directeur sportif qu’à sa prise de fonctions ?

« Juninho est une bénédiction pour Lyon »

« J’ai adoré son discours sur OLTV, qui est toujours aussi honnête et spontané, apprécie Alexandre (25 ans). La transparence du personnage renforce la crédibilité de ses paroles. Reste que la principale leçon à tirer pour lui après cet épisode Garcia, c’est que sa proximité avec le terrain est peut-être déplacée. Mais l’aurait-il eu avec un autre coach ? J’ai la sensation que c’était une guerre d’ego et non pas un directeur sportif tenant à fliquer son entraîneur. »

« Juninho est amoureux de l’OL et malgré ces deux saisons difficiles, il a la chance d’avoir un soutien sans faille d’une très large majorité des supporters, résume Clément (18 ans). Jean-Michel Aulas sait à quel point il est important dans les relations entre le club et ses supporters. Au-delà de ça, alors qu’on le jugeait parfois trop lisse et effacé au club car ses prises de parole se font rares, il a su réaffirmer un projet, des valeurs et une vision positive et ambitieuse pour l’OL. Il est une bénédiction pour Lyon. »

Rudi Garcia et Juninho, ici à Turin l'été dernier avant le 8e de finale retour de Ligue des champions contre la Juventus. Miguel MEDINA
Rudi Garcia et Juninho, ici à Turin l’été dernier avant le 8e de finale retour de Ligue des champions contre la Juventus. Miguel MEDINA – AFP or licensors

Sylvinho, Gouiri, les latéraux, des échecs de Juninho ?

Des mots forts pour un septuple champion de France dans le grand Lyon des années 2000, qui n’a pas encore su transmettre pleinement sa culture de la gagne à un club sans le moindre trophée depuis 2012. « Juninho a une pensée directrice pour le club et il fera tout son possible pour en imprégner chaque personne du club, poursuit Antoine du Café du commerce. Il est dans la volonté de construire un groupe, un esprit collectif pas seulement entre les joueurs, mais avec l’ensemble du staff, des intendants aux dirigeants. »

L’échec d’emblée de son compatriote Sylvinho sur le banc, le départ qu’il a validé d’Amine Gouiri, révélation de la saison niçoise, ou l’absence de recrues majeures aux postes de latéraux et d’ailiers ne ternissent-ils pas tout de même ses deux premières saisons dans la peau de DS ? « Juninho ne m’a jamais déçu directement car je suis par exemple persuadé que ce n’est pas lui qui a ramené Garcia, évoque Milazzo (23 ans). Le problème, c’est qu’il y a Jean-Michel Aulas au-dessus de lui, qui disait vouloir prendre du recul et laisser les pouvoirs sportifs à “Juni”, mais qui continue de tout gérer dans l’ombre. »

« Il aurait envie d’une influence plus directe sur le terrain »

Ajoutez à cela les difficultés à stabiliser l’organigramme autour du Brésilien, entre un Florian Maurice déçu de ne pas avoir obtenu son poste et depuis parti à Rennes, et un Vincent Ponsot passé l’été dernier de directeur général adjoint juridique à directeur général du football. Une promotion qui n’est pas sans conséquence sur le champ d’influence de l’ancien capitaine de l’OL. Ce dernier pourrait-il se retrouver entraîneur dans les prochaines semaines ? Une hypothèse à laquelle ne croit pas vraiment Jean-Marc Chanelet, qui ne l’estime « pas fragilisé par cet épisode avec Garcia ».

On sent que “Juni” est proche du terrain, qu’il assiste davantage aux entraînements que d’autres directeurs sportifs de Ligue 1, et qu’il aurait envie d’une influence plus directe sur ce qu’il s’y passe. Mais il a bien vu avec Sylvinho que ce poste était à quitte ou double. Si ça ne marche pas, quelle place retrouve-t-il ensuite au club ? Je serai étonné qu’il reprenne l’équipe en main. »

Une impression que partage Antoine, au lendemain du long passage de Juninho sur OLTV : « Je ne pense pas qu’il se cherche entre entraîneur et directeur sportif. Je ne le vois pas capable d’être sur le banc du fait de sa forte émotivité, et je pense que lui-même en est conscient ». Pas certain en effet que l’OL ait besoin de pareil coup de théâtre après ce sombre dénouement de saison sans Ligue des champions.


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