Manifestation des policiers : “Nous sommes la France qui se lève tôt, celle qui ne dort pas la nuit”

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“Un petit coin de parapluie, un petit coin de paradis …”, fredonne un démonstrateur trempé jusqu’aux os, sur un air de Brassens. Qu’il pleuve ou qu’il pleuve, rien ne semble pouvoir ternir son humeur joyeuse. “Nous devons admettre, elle dit. Ce que nous traversons est historique. “

Heureux comme un flic en France

Il était à peine 12h30 mercredi dernier, lorsque des dizaines de milliers de Français se sont rassemblés, drapeaux à la main, aux portes de l’Assemblée nationale. Des personnes âgées, des jeunes, des hommes, des femmes… La foule colorée, bien disciplinée, piétine en file indienne jusqu’au check-point de police de la rue Robert Esnault-Pelterie. A quelques mètres des manifestants, une silhouette ornée d’un foulard tricolore marche d’un pas déterminé devant le cordon de sécurité. «C’est Robert Ménard! “s’exclame un spectateur qui reconnaît aussitôt le maire de Béziers.

“De quel côté est-ce celui-là?” “, demande une femme non loin de là, glissant un petit coup de gueule avec un indice populo: “Pour moi, vous connaissez les politiques, c’est grâce à elles que nous en sommes venus à cela. Bruno Retailleau, Gérald Darmanin… Ils ont tous une responsabilité.” Embarrassés, les autres marmonnent: «Ménard est plus à droite. “ Après 10 ou 15 minutes de ligne, nous arrivons enfin à l’excavation. Souriant, un policier plaisante avec les manifestants, visiblement ravi de voir autant venir.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une affaire de police. C’est une question de dirigeants.

Une joie compréhensible, mais peut-être un peu naïve… L’air de rien, un homme vêtu d’un pantalon orange se glisse dans le cortège, capturant la scène avec son téléphone. Le visage à moitié couvert de son masque, le reporter passe incognito. C’est pourtant David Dufresne, co-fondateur de Médiapart et héraut de la haine anti-flic en France … ” Fonce “, nous dit-on.

“Le problème de la police est la justice”

100 mètres après le barrage, une mer de drapeaux flotte déjà dans le ciel. Alliance, Unsa-Police, SGP Police-Fo Unit, Cfdt… Toutes les nuances de bleu de l’uniforme flottent en concert. Sans oublier bien sûr le bleu du tricolore national. Arrivés sur le Quai d’Orsay, les yeux se figent progressivement sur une imposante tribune jouxtant un écran géant, narguant la colonnade du Palais Bourbon. Il est environ 13h00, la démonstration peut commencer.

Sur le podium, les syndicats accueillent d’abord la «guest-star» du jour: Gérard Lanvin. Bref et sobre, l’intervention de l’acteur va droit au but: «Les hommages et les supporters ne nécessitent pas de commentaires, mais la présence, crie-t-il au micro, sous un tonnerre d’applaudissements. Le mien est ici avec toi. “

Mais son petit discours ne s’arrête pas là. Invité par le présentateur à donner son avis sur les racines du malaise policier, l’interprète deEntre le dire et le faire ne peut s’empêcher de glisser un petit tacle aux chevilles de la macronie. «Tout ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une affaire de police. C’est une question de gouverneurs », affirme-t-il. Au même moment, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur venu à la manifestation pour soutenir ses électeurs, a été salué par des huées… Un symbole:

Une fois son discours terminé, Lanvin quitte la scène pour faire place à la projection d’un court métrage sur écran géant: «Pourquoi toute cette haine? “, peut-on le lire en lettres blanches sur fond noir. Dédié aux violences commises contre la police, le film compile une série de vidéos de bagarres et d’émeutes d’une violence incroyable. Pavés, Black Blocks, agents agressés lors d’une manifestation… Au son d’une musique de deuil, le clip se termine par un hommage: «À tous nos lâches collègues assassinés. “ L’ambiance est calme, les syndicalistes peuvent entrer en scène.

À la mémoire d’Eric Masson

Le premier homme à prendre la parole n’est autre que Grégory Joron, secrétaire national de l’Unité SGP Police-Fo, l’organisation majoritaire de la profession. Dépassant l’aspect strictement protestataire de son discours syndical, la tribune profite de sa large audience pour lancer un cri d’alarme aux responsables politiques: “Notre colère doit résonner jusqu’à Rambouillet, Avignon, Rive-de-Gier, pour que les policiers, nos blessés et nos disparus sachent qu’ils ne seront jamais seuls”, il tonne sur la scène. Dans le même esprit, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général de l’Alliance, fait également forte impression.

Orateur éloquent, le dirigeant syndical énumère les uns après les autres l’actualité récente d’une rare violence, se moquant au passage des peines encourues par leurs auteurs. Son objectif ? Prouvez une fois pour toutes cela “Le problème de la police est la justice”. Une diatribe qui n’a pas manqué de susciter l’émotion de Jean-Luc Mélenchon, président de La France Insoumise, à la suite de la manifestation… Mais ce jour-là, Vanhemelryck n’a pas eu peur de pousser dans le clou: “Tant qu’il n’y aura pas de justice, il n’y aura pas de paix”, s’exclame-t-il également, détournant ainsi un célèbre slogan de Black Lives Matter. Encore une salve d’applaudissements.

Il est temps de frapper les petits coups.

Le micro est ensuite passé entre les mains d’Olivier Varlet et Christophe Rouget, dirigeants de l’UNSA-Police et de l’Union des cadres de la sécurité intérieure, qui ont à leur tour dénoncé la situation de “Quartiers où règne l’apartheid religieux” et appeler pour “Frappez les petites touches”“Criminellement”, bien sûr.

Alors que les discours s’enchaînent, les mêmes thèmes reviennent systématiquement dans la bouche des orateurs: manque de personnel et de moyens, laxisme judiciaire, montée de la violence … Mais mille mots ne valent pas une image pour conquérir les cœurs. Surtout quand il présente une véritable «bouche brisée» de la police républicaine. Ainsi, après les nombreux discours de l’intersyndicale, les organisateurs décident de diffuser le témoignage de Jean-Paul, chef de brigade de Rive-de-Gier, ayant été sauvagement agressé la semaine dernière lors d’un contrôle. “Banal” sur un point d’accord.

Sur l’écran géant, l’homme de 51 ans apparaît soudain, le visage gonflé par la bouteille en verre qu’il a reçue sur la tête. Expliquant d’une voix calme sa consternation face à l’agression dont il a été l’objet, le père de famille fait vibrer à l’unisson les dizaines de milliers de manifestants. “J’espère que grâce à votre action, les choses finiront par changer pour le mieux”, murmure-t-il en vidéo.

Le Gavroche et le képi

Vers 15 heures, l’événement touche à sa fin. Avant la Marseillaise finale, chantée par une jeune soprano à la voix cristalline, apparaît un invité surprise: le rappeur Kaotik 747. Rare figure du petit gratin de musique pour montrer un soutien sans faille à la police, le nommé «Karim» déclame avec des rimes percutantes son amour pour la France et sa police. Frissons garantis:

15 minutes plus tard, l’heure est venue d’une minute de silence pour Éric Masson, un policier abattu le 5 mai à Avignon. La mine basse, 35 000 personnes endeuillées se rassemblent pour la dernière fois. Un ange passe: il y a deux semaines, un collègue est mort. Ou peut-être hier, on ne sait pas.

Une dernière Marseillaise et l’événement se termine enfin. Avec une discipline presque militaire, les manifestants se sont rendus aux Invalides en toute tranquillité. Direction le «goûter». Au menu: les interminables sandwichs merguez de l’Association Départementale d’Action Sociale des Policiers… Et une moitié froide du bistrot local. Car une manifestation, qu’elle soit policière ou ferroviaire, reste une manifestation.

Assis sur la terrasse du café Le Transit, les policiers se détendent enfin. Certains chantent et d’autres plaisantent joyeusement. Mais la majorité des agents profite du moment pour faire le point sur la journée. Approché par Valeurs actuelles, une “Vieille” L’unité SGP-Police de l’Aude se confie être “Un peu sceptique”.

Ce n’est qu’à une crise comme celle du coronavirus que les dirigeants ont pris conscience des problèmes dans les hôpitaux. Qu’attendent-ils pour comprendre le nôtre?

“Je crains que certains aient profité de la manifestation pour récupérer”, il peste, évoquant la présence de multiples personnalités politiques dans le cortège, comme Olivier Faure (PS), Fabien Roussel (PCF), ou Bruno Retailleau (LR). «Nous ne voulons pas être associés à eux, quel que soit leur camp. “ Un avis partagé par un jeune officier du Syndicat Alliance «option nuit», qui connaît trop bien la «Promesses faites pendant une période électorale».

Mais “Ennuyait” pour voir ça ” Rien n’a changé “ malgré des années de protestations, la trentenaire ne perd pas espoir et prie pour que «Le message de la police a enfin percé les murs de l’Assemblée nationale. “

Le regard vif sous sa casquette de «vendeur de journaux», ce vétéran de l’armée compare volontiers le sort de ses collègues à celui des soignants, rappelant que la police souffre également des coupes budgétaires infligées à la fonction publique. «Ce n’est qu’à une crise comme celle du coronavirus que les dirigeants ont pris conscience des problèmes dans les hôpitaux. Qu’attendent-ils pour comprendre le nôtre? “ Parce que derrière chaque uniforme se cache “Un père ou une mère”, a proclamé un syndicaliste de la tribune. Mais aussi un ouvrier comme les autres: «Nous sommes la France qui se lève tôt, celle qui ne dort pas la nuit. “


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