À Nice, les palmiers cachent les zones de non-droit

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La plupart d’entre eux sont arrivés dans les années 1990, dans le quartier de la Roquebillière, à Nice. Mais les 300 habitants de la modeste résidence familiale Mercantour manquent désormais à leurs anciens voisins avec lesquels, ensemble, ils se sont promenés dans des parcs propres. Un moment où ils pouvaient parler pendant de longues heures avec des voisins et laisser leurs enfants jouer sans crainte.

Mais depuis dix ans, “Le visage du quartier a changé de manière cataclysmique”, sur l’établissement du trafic de drogue. Les halls d’immeubles, aujourd’hui délabrés, se retrouvent marqués d’inscriptions indiquant le prix des produits vendus à proximité. Ces graffitis tagués avec un marqueur ou un briquet ne sont pas les seuls à habiller les murs. Ils sont souvent accompagnés de messages insultant la police ou à caractère antisémite, voire défendant le terrorisme. Dans l’entrée de ces HLM se trouve un «Allah Akbar» écrit à l’encre entouré de dessins d’armes à feu. Le secteur désormais sensible est fréquenté quotidiennement par des bandes de jeunes délinquants qui côtoient des trafiquants de drogue.

Feux d’artifice et pétards éclatent couramment, mêlés de musique et de cris incessants. Autant de nuisances qui ne font qu’alimenter la colère des habitants historiques. Dans la résidence du Mercantour, l’un d’eux se souvient de la désintégration de l’atmosphère au début des années 2000, avec l’arrivée de nouvelles familles, désespérant de voir son immeuble devenir “Un espace de plein air sans loi, à quinze minutes du centre-ville”.

Sous tension constante

Boîtes aux lettres saccagées, voitures vandalisées, gardiens à l’affût, insultes… Certains habitants font l’objet d’intimidations répétées. N’admettant pas l’inclinaison de leur résidence dans le chaos, ils ont formé un collectif. “Certains ont des couteaux, ils s’amusent à planter des fauteuils au pied des immeubles devant les enfants”, confie l’un de ses membres. La violence, qu’elle soit verbale, morale ou physique, y est accablante. Les témoins sont obligés de baisser les yeux pour éviter toutes représailles. Chez eux, ils se protègent de toute confrontation avec ces nouveaux fauteurs de troubles.

Certains bâtiments aux mains de délinquants ont été transformés en véritables bastions autonomes, où les descentes de police sont rapidement anticipées. En contrebas, les belvédères à deux roues, habitués aux rodéos qui bousculent le quotidien des habitants, sont les guetteurs du trafic de drogue et de la dissimulation d’objets volés.

Les habitants des tours insistent également sur leurs conditions insalubres. Le personnel d’entretien ne monte plus et les paliers deviennent inaccessibles par les ascenseurs, continuellement en panne et laissés à l’abandon par le personnel de nettoyage. Les escaliers sont alors le seul moyen d’accéder aux espaces communs abandonnés, jonchés de détritus, de meubles usés, voire d’excréments, déposés devant les portes de certaines maisons semaine après semaine. “Certaines maisons sont envahies par des cafards et des punaises de lit”souffle un résident, honteux de la situation. “Nous sommes pris au piège et notre seul droit est de garder le silence”, il ajoute. Face à des conditions sanitaires déplorables et ne sachant pas comment résoudre ces problèmes d’assainissement, la commune laisserait sa responsabilité aux locataires, entraînant de nombreux frais de désinsectisation pour les habitants.

Près des bâtiments, des barrières de stationnement verrouillées empêchent l’accès des services d’urgence. Les pompiers sont les plus touchés par ces défaillances, en particulier lorsque les incendies de véhicules menacent les habitations. En février dernier, trois voitures ont été incendiées sous les fenêtres d’un immeuble. Les voitures «désossées» accaparent les places désignées des habitants et les délinquants n’hésitent plus à voler, en plein jour, des pièces détachées de véhicules abandonnés depuis des mois.

Un cri d’avertissement inaudible

Abandonnés face à l’insécurité et aux problèmes d’hygiène qu’ils rencontrent chaque jour, ces habitants de la Cité des Anges font face à une anxiété grandissante et dénoncent le manque d’implication d’Anthony Borré, président de Nice Côte d’Azur Habitat et assistant de Christian Estrosi à la mairie de Nice. Après l’avoir sollicité à maintes reprises, en vain, le collectif Mercantour se tourne vers le bailleur social, dans l’espoir d’une réaction. “Nice est souvent présentée avec ses palmiers et son bord de mer, mais à quelques kilomètres plus haut, ce n’est pas du tout”, témoigne l’un des riverains qui attend des mesures efficaces ” sans délai “.

Un cri d’alarme qui s’adresse également aux policiers, afin de restaurer la sérénité perdue de leur résidence. Dans la ville la plus vidéosurveillance de France, le manque de patrouilles de police dans ce quartier difficile se fait sentir. Dès son lancement, la nouvelle plateforme gouvernementale moncommissariat.fr a été bombardée de reportages dénonçant les points d’accord, connus depuis des années. Ces étapes régulières n’ont jusqu’à présent eu aucun impact visible.

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